Les deux ont des similarités fortes
évidemment, mais la première relève me semble-t-il d’abord de la foi,
qui est un autre sujet. Le type de croyance qui m’intéresse ici est
celui du deuxième type : est une croyance toute inclination de notre
esprit de nature à influencer notre comportement (ou nos pensées
pourrait-on ajouter, mais dans cela à mon sens revient au même, puisque
nos pensées trouvent toujours un relai dans nos comportement). Il
s’agit donc de nos valeurs, et aussi de nos préjugés.
Nos
croyances se forment au fur et à mesure des expériences que nous
vivons, selon les émotions que nous ressentons alors. Nous rattachons
alors ces émotions à ces expériences. C’est ce mécanisme qui constitue
la plus grande part sans doute de notre apprentissage de la vie.
Lorsque nous sommes bébé par exemple, nous apprenons que lorsque nos
parents nous tiennent dans leurs bras, nous sommes heureux, alors que
leur absence prolongée nous est douloureux. Les répercussions de ces
expériences d’enfances, en particulier celles de la très petites
enfance, sont immenses je crois (et les livres qui en parlent sont très
nombreux). Un enfant qui n’aura pas reçu de tendresse et n’aura pas été
pris dans les bras par ses parents étant petit pourra ainsi former le
raisonnement suivant : « lorsque je pleure, ou même en temps normal,
personne ne vient à mon aide et personne ne s’intéresse à moi », d’où
découle plus tard la croyance : « dans la vie, on ne peut compter que
sur soi-même ! », croyance qui va influencer lourdement nos
comportements : tendance à s’isoler, méfiance envers les gens et le
monde en général, pensées négatives sur ce que l’on peut attendre de la
vie, etc.
A
contrario, un bébé qui recevra l’affection et l’amour de ses parents
grandira avec des émotions positives et une plus grande confiance en
lui et en ce que le monde extérieur peut lui apporter. Cela lui
paraîtra normal d’être protégé par ceux qui sont à la place de le
faire, d’oser affirmer ses convictions devant les autres, etc. Dans Le cri primal,
Arthur Janov, découvreur de la thérapie primale, explique même qu’une
personne qui aura reçu l’amour de ses parents lorsqu’il était bébé,
l’aura intégré à son expérience personnelle comme un élément tellement
normal et naturel qu’il ne se posera même pas la question de savoir ce
qu’est l’amour ou encore comment l’obtenir. Un enfant grandissant dans
un tel climat aimant ne se poserait pas plus de questions
existentielles, avance-t-il. Pas besoin de s’inquiéter de la vie et de
ce qu’elle apporte lorsque nos croyances nous amènent à considérer
naturellement, instinctivement je dirais même, que le bonheur va de soi.
Dans L’homme qui voulait être heureux,
un livre très apaisant que je recommande, Laurent Gounelle présente
plusieurs aspects de l’influence de nos croyances sur nos
comportements. Il note en particulier que celles-ci nous font
progressivement transformer la réalité conformément à ce que nous
croyons qu’elle est. Par exemple, quelqu’un dont la croyance sera que
le monde d’une manière générale lui est hostile, qu’il faut se méfier
des gens et de ce qui nous entoure, par son comportement, va
effectivement pour partie transformer son environnement proche et le
faire devenir ce qu’il croit qu’il est.
Un exemple pourra éclairer ce point.
Si
je crois que le monde autour de moi me menace et que je dois m’en
méfier, comment vais-je me comporter ? Et bien je vais avoir une
attitude défiante vis-à -vis des gens, je me mettrais probablement plus
en retrait lorsque des groupes se formeront, je ne dirais pas tout de
peur qu’on l’utilise contre moi, etc. Comment les gens vont-ils réagir
à ce comportement ? Et bien ils vont percevoir cette méfiance que j’ai
vis-à -vis d’eux, se dire que je ne suis pas franc avec eux, pas ouvert,
bref ils vont ressentir eux aussi de la méfiance en retour. Et ce qui
est terrible, c’est qu’avec mon schéma de pensée je me dirais alors :
« leur comportement vis-à -vis de moi est bien la preuve que j’ai
raison ! » Ma croyance s’auto-alimente ainsi et renforce des
comportements négatifs.
Au
contraire, si je vis en percevant le monde de façon positive, je serais
naturellement ouvert aux autres, confiant dans mes relations. Les
autres le ressentiront et seront donc à l’aise pour s’ouvrir à moi en
retour et me donner leur confiance. LÃ aussi la croyance
s’auto-alimente, mais de façon positive.
Susan
Jeffers, dans son livre « Tremblez mais osez » raconte une expérience
menée fréquemment avec ses groupes de thérapie. Elle sélectionne parmi
les personnes présentes un homme plutôt fort pour faire l’expérience.
Elle lui demande de se tenir droit et de lever le bras devant lui et de
le maintenir ainsi fermement. Il faut préciser que Susan Jeffers est
une femme normale, pas bodybuildeuse pour un sou, et que sa force
naturelle est bien inférieure à celle de ces hommes qu’elle sélectionne
pour leurs muscles. Elle leur demande alternativement de se répéter
dans leur tête d’abord qu’ils sont forts, puis qu’ils sont faibles.
Après quelques instants où l’homme s’est répété « je suis fort, je suis
fort », Susan Jeffers tente de leur faire abaisser le bras. En s’aidant
du sien. Elle pousse, appuie, insiste. Mais rien n’y fait. Ils restent
de marbre. Mais lorsque dans la deuxième phase de l’exercice elle
intervient après qu’ils se soient répété en eux « je suis faible, je
suis faible », miracle, elle parvient à leur faire abaisser le bras. Ce
résultat est tout de même marquant, d’autant plus qu’elle rapporte dans
son livre qu’il est systématique et qu’elle n’a pas observé
d’exception. Pour corser l’affaire elle propose même de sortir de la
pièce lorsque l’homme se répète son mantra, sans qu’elle sache celui
qu’il choisit, pour faire en sorte aussi qu’on ne croit pas qu’elle
effectue un effort différent dans un cas et dans l’autre. Et quand elle
revient pour faire baisser le bras du costaud, invariablement si elle y
arrive c’est qu’il s’est répété qu’il était faible, et si elle n’y
arrive pas c’est qu’il s’est répété qu’il était fort.
Mais
l’impact des croyances va encore plus loin. Non seulement nos croyances
peuvent influencer notre environnement extérieur en le transformant en
ce que nous croyons au départ qu’il est, mais elles peuvent même
changer les personnes elles-mêmes ! Toujours dans L’homme qui voulait
être heureux, Laurent Gounelle relate une expérience menée auprès
d’élèves qui avait tous le même QI. Ceux-ci ont été séparés en deux
groupes, et présentés différemment auprès du même professeur qui devait
les suivre pendant une année scolaire complète. Lorsqu’on amena à ce
professeur les élèves du premier groupe, on lui indiqua pour
information, que ces élèves étaient plus intelligents que la moyenne.
Mais inversement, lorsqu’on lui présenta les élèves du second groupe,
on lui indiqua que ceux-ci présentaient un QI inférieur à la moyenne. A
la fin de l’année scolaire, les élèves des deux groupes firent Ã
nouveau un test de QI, et on constata que les élèves du premier groupe
avaient vu leur QI augmenter, alors que ceux du second groupe avaient
un QI en baisse.
Autre
exemple encore, et qui va lui aussi encore plus loin si l’on y songe
bien (décidemment jusqu’où nous emmène-t-il vous dites-vous alors que
le suspens est franchement à son comble ?) : les placebos. Lorsqu’un
médicament est fabriqué, pour démontrer son efficacité, il est
nécessaire de réaliser des tests cliniques dont l’objectif est de
détecter une efficacité notable du médicament par rapport notamment Ã
un placebo. Si l’effet du médicament est effectivement supérieur Ã
celui du placebo, alors son efficacité est prouvée. Cela permet
parallèlement de constater l’effet des placebos, et l’impact qu’ils
peuvent avoir sur la guérison de personnes dont les maladies sont
parfaitement réelles. Globalement aujourd’hui, on considère que le taux
d’efficacité des placebos se situe autour de 30%. C’est ce que j’ai lu
dans le livre de Laurent Gounelle, mais on peut retrouver ce chiffre
également chez d’autres sources.
Il
faut comprendre que puisque les placebos ne sont pas des molécules
actives, ce qui intervient le plus dans leur efficacité est la croyance
du malade qui l’ingère quant-à son efficacité. Ainsi donc, dans 30% des
cas, le seul fait de croire qu’une substance peut nous guérir, alors
que celle-ci est parfaitement neutre, suffit à nous faire effectivement
guérir. Si l’on y songe bien ce chiffre est tout de même étonnant,
surtout si l’on considère que les maladies qui sont parfois guéries
ainsi ne sont pas que de simples rhumes mais sont parfois des maladies
lourdes comme le cancer.
Nos
croyances donc peuvent nous servir positivement pour influer sur nos
vies. En développant des croyances positives, que ce soit sur
nous-mêmes, sur nos capacités, sur les autres et d’une manière générale
l’environnement qui nous entoure, nous pouvons nous donner de
meilleures chances d’être heureux. Cependant, les croyances peuvent
aussi être un élément de fragilité lorsqu’elles sont utilisées par des
manipulateurs. On arrive là sur un terrain plus meuble que celui évoqué
jusqu’ici dans ce billet.
Samantdi dans un billet récent,
rapporte une expérience récente lors de laquelle une de ses amie a
soigné son mal de dos simplement en y posant ses mains, un peu à la
façon d’un magnétiseur. Je dois dire que pour ma part, ayant confiance
en Samantdi, j’ai confiance aussi en son récit. Il me semble d’ailleurs
possible d’expliquer cette guérison, au moins pour partie, par la
croyance qu’a son amie de pouvoir effectivement guérir les gens en
faisant ce genre de choses. Ca rejoint tout à fait ce que j’ai décrit
jusqu’ici sur le rôle des croyances et l’impact qu’elles peuvent avoir
sur nous. Samantdi rapporte d’ailleurs la façon dont son amie a
accueilli cette faculté « Elle m’a dit que ce don lui était venu il y a
environ un an, sans qu’elle s’explique vraiment pourquoi, qu’elle avait
ainsi soigné un membre de sa famille après avoir ressenti l’intime
conviction qu’elle pouvait soulager la douleur ponctuelle qu’il
éprouvait ». Elle sentait qu’elle pouvait le faire, sans savoir
pourquoi. Et visiblement elle n’en fait pas commerce ce qui est plutôt
gage d’honnêteté.
Bien
évidemment, nombreux sont ceux qui émettent des doutes sur la validité
de telles pratiques. Et personnellement si je me tords le dos, je
préfère allez chez mon médecin traitant que chez un magnétiseur. Et je
donnerai ce même conseil à n’importe lequel de mes amis s’il me le
demandait. Malheureusement, il reste encore de nos jours beaucoup de
charlatans et de malhonnêtes qui font profession d’utiliser la
crédulité des autres, et qui s’intéressent moins à la guérison
prétendue de leurs clients qu’aux portefeuilles de ceux-ci.
Ces
activités se multiplient d’ailleurs. Entre l’astrologie, la voyance,
les tarots, la numérologie, le magnétisme, etc. le filon est largement
exploité. En faisant une petite recherche sur Internet, j’ai trouvé un
site apparemment bien documenté et sérieux sur tous ces sujets, que je
vais prendre pour exemple dans la suite de ce billet, un site qui entend combattre le charlatanisme.
Son auteur y recense les principales disciplines qui relèvent selon lui
du charlatanisme, opinion qu’il explique dans un article dédié pour
chaque cas. Globalement son approche me semble intéressante, notamment
lorsqu’il propose des clés pour détecter les discours trompeurs. En
effet, le risque le plus grand dans ces disciplines est la manipulation
qui peut émerger de croyances en des pratiques dont l’efficacité et le
sérieux ne sont pas démontrés.
Toute
la difficulté ici est donc de parvenir à éclaircir les choses et Ã
trouver ce qui peut être bon et ce qui doit être repoussé. Il n’y a pas
de méthode simple à mon sens pour y arriver. Ce qui veut dire notamment
qu’à mon sens l’approche du tout scientifique excluant les pratiques
exotiques n’est pas suffisante non plus. Elle souffre en effet d’une
faiblesse majeure : ces pratiques, aussi exotiques soient-elles, et
malgré l’usage malhonnête que certains pratiquants en font, sont
parfois efficaces. Evidemment la réponse des partisans du tout
scientifique, dont l’auteur du site susnommé fait partie, répondront :
« Prouvez-le ! ». Pour ma part je m’appuie sur des témoignages pour
répondre à cela. Celui de Samantdi par exemple. Ou celui encore d’une
personne à qui je tiens et qui m’a dit récemment qu’elle avait fait une
séance de Reiki qui l’avait grandement aidée.
Bien
sûr, dans une vision scientifique, ces seuls témoignages sont
insuffisants. Ces personnes peuvent mentir d’abord. J’écarte pour ma
part cet argument car les deux témoignages que je rapporte ici
proviennent de personnes en qui j’ai confiance et qui n’ont aucune
raison de me mentir lorsqu’elles abordent ce sujet. Mais il est
possible aussi qu’elles s’illusionnent elles-mêmes sur la cause réelle
de leur mieux être, que leur maladie n’ait été que psychosomatique et
que leur réflexe de rejet des sciences dures venant des mauvaises notes
reçues dans leur enfance en mathématiques les ai poussé à développer
des croyances favorables aux médecines parallèles, croyances qui
seraient fortement intervenues dans leur guérison. Bref, un jeu de
dupes.
Mais
un simple jeu de dupes suffit-il à guérir un cancer ? On peut retourner
la chose dans le sens qu’on veut, certaines personnes vont mieux,
physiquement et mentalement mieux, après une séance de Reiki ou
d’acupuncture. En ce cas, je ne vois pas de bonne raison de dire à ces
personnes qu’elles se font avoir et devraient opter pour des pratiques
plus conventionnelles. Je trouve une logique juste dans le fait de
suivre une voie non conventionnelle si l’on a pu y trouver un
mieux-être réel (et non fantasmé bien sûr). Et toutes les
argumentations scientifiques resteront inefficaces pour convaincre du
contraire des personnes qui constatent personnellement que ces
pratiques les aident réellement. Cela ne signifie pas qu’il faille par
défaut se ruer sur ces méthodes, et je n’en ferais pas la publicité
ici, mais vouloir à tout prix imposer une approche conventionnelle me
semble inadapté.
Dans
Madame Bovary, Flaubert présente ainsi l’opposition entre l’abbé
Bournisien, qui croit bien sûr en Dieu, et M.Homais qui est un fervent
défenseur de la science. Tandis que l’abbé voudrait soumettre
l’humanité à la loi divine, M.Homais lui, cherche à imposer une
administration du monde basée sur la seule raison et la loi
scientifique. Ce dont M.Homais ne s’aperçoit pas, c’est que ça vision
des choses n’est rien d’autre qu’un nouveau catéchisme, qui s’oppose Ã
un autre, un ensemble de croyances qui se présente lui aussi comme un
absolu visant à encadrer tout le reste.
Sur
le site présenté plus haut, on voit clairement cette dérive, lorsque
son auteur traite comme du charlatanisme des approches comme la PNL,
qui a pourtant déjà largement fait ses preuves il me semble, et plus
fort encore, lorsqu’il raille les travaux de Freud. On s’en aperçoit au
final, ce site dont l’intention de départ est sans doute louable,
dérive vers la présentation des croyances propres à son auteur, qui met
dans son esprit sur le même plan le fondateur de l’essentiel des
sciences psychologiques (auquel on peut s’opposer sur certains points,
mais qui a tout de même été le précurseur de découvertes importantes
sur le fonctionnement du psychisme humain) et la voyance. En bref il
n’y a plus que les équations qui soient justes, tout le reste pouvant
faire l’objet de critiques serrées quant à leur validité. Et pour
cause, une science humaine comme la psychologie aura bien du mal, et ce
pendant encore quelques siècles, gageons-le, à proposer des solutions
universelles aux sujets sur lesquels elles se penchent, la vie et la
construction d’un homme n’entrant pas précisément dans une équation.
Il
est important de savoir détecter les risques de ces démarches
originales et les dérives qu’elles peuvent avoir pour ne pas, alors que
l’on va mal, glisser dans un mal-être encore plus profond. C’est le
risque des sectes, auxquelles aboutissent parfois certaines de ces
disciplines (le Reiki n’y échappe d’ailleurs pas). On peut aussi y
ajouter certaines psychanalyses qui s’éternisent pendant des années
sans résultat probant (mais qui créent une accoutumance certaine et
vident le portefeuille). D’une certaine manière, cela signifie qu’elles
sont plus indiquées et moins risquées pour des personnes qui ont déjÃ
un fond personnel solide, et qui ne sont pas trop influençables. Et qui
savent donc déjà faire un usage prudent et mesuré de leurs croyances.